Lien nofollow : ce qu'il vaut vraiment aujourd'hui
Lien nofollow : son origine, la position officielle de Google depuis 2020, les attributs sponsored et ugc, et quoi en faire pour votre commerce.

Un lien nofollow porte l’attribut rel=“nofollow” dans le code de la page, une mention qui demande à Google de ne pas compter ce lien comme un vote de confiance. Depuis mars 2020, cette mention n’est plus une consigne absolue mais un simple indice. Le moteur tranche au cas par cas.
Un attribut né du spam de commentaires
Le 18 janvier 2005, Google publie sur son blog officiel un billet signé Matt Cutts, intitulé « Preventing comment spam ». Le problème de l’époque : les blogs croulent sous les commentaires automatisés pointant vers des sites de pharmacie ou de casino, postés en masse pour gonfler le classement de leurs auteurs.
La riposte tient en un attribut glissé dans la balise du lien. Un lien ordinaire s’écrit <a href="/boulangerie-du-centre">boulangerie du centre</a>. Sa version neutralisée devient <a href="/boulangerie-du-centre" rel="nofollow">boulangerie du centre</a>. Pour le visiteur, rien ne change : le lien reste cliquable, visible, fonctionnel. Seule la lecture qu’en fait le moteur diffère.
L’attribut est conçu avec Jason Shellen, alors chez Blogger. WordPress et Movable Type l’intègrent en quelques jours à leurs modules de commentaires. Microsoft et Yahoo l’adoptent dans les semaines qui suivent, et c’est cette adoption commune qui rend la parade efficace : impossible pour un spammeur de contourner un seul moteur en visant les autres.
Vingt ans plus tard, le spam de commentaires a largement quitté les blogs pour migrer vers les avis et les réseaux sociaux. L’attribut, lui, est resté. Son sens, en revanche, a changé deux fois.
Ce que Google déclare aujourd’hui sur le nofollow
Premier virage le 10 septembre 2019. Google annonce sur son blog Search Central deux attributs supplémentaires : rel=“sponsored” pour les liens obtenus contre rémunération, et rel=“ugc” pour ceux créés par les utilisateurs dans les commentaires et les forums. Le nofollow historique reste valide, mais il change de statut : il devient un indice de classement, pas une directive.
Second virage le 1er mars 2020. Ce statut d’indice s’étend au parcours des robots et à l’indexation. Depuis cette date, un lien nofollow peut être suivi par Googlebot et servir à découvrir une page, ce que l’ancienne règle excluait catégoriquement.
Cette nuance se perd vite dans les résumés de forums, et beaucoup de commerçants en sont restés à la doctrine de 2005. Le problème ? Les déclarations officielles sont éparpillées entre les billets du Search Central, les vidéos de John Mueller et les sessions de Martin Splitt. Des bases indépendantes les rassemblent : SEO Declarations recense, catégorise et traduit en français ce que Google déclare sur les liens, avec la citation d’origine en regard de chaque analyse. Remonter à la source vaut mieux que reprendre une affirmation entendue en conférence.

Indice ou directive, la différence pratique
Une directive s’applique mécaniquement. Un indice s’interprète. Google se réserve donc le droit de tenir compte d’un lien neutralisé quand le contexte le justifie, ou de l’ignorer entièrement. John Mueller l’a répété publiquement : ces liens ne sont pas systématiquement écartés, ils entrent dans l’équation comme un signal parmi d’autres.
La conséquence pour votre commerce tient en une phrase. Un lien nofollow obtenu depuis un annuaire sérieux n’est pas du temps perdu : il ne transmet probablement pas d’autorité au sens strict, mais il est lu, et il nourrit la représentation que le moteur se fait de votre établissement.
Trois attributs, trois usages distincts
- rel=“sponsored” : lien payé ou échangé contre une contrepartie, article sponsorisé inclus
- rel=“ugc” : lien posté par un tiers, commentaire, avis, message de forum
- rel=“nofollow” : usage générique, toujours valide quand les deux autres ne collent pas
- rel=“ugc sponsored” : la combinaison de plusieurs valeurs sur un même lien reste acceptée
L’adoption des nouveaux venus reste anecdotique. Une étude Ahrefs portant sur 110 000 sites, relayée par Abondance en mai 2020, relevait 10,6 % de backlinks en nofollow, contre 0,44 % pour l’attribut ugc et 0,01 % pour sponsored. Le vieux nofollow écrase toujours ses successeurs, et rien n’indique que la tendance se soit inversée depuis.
Les liens nofollow que votre commerce récolte déjà
Sans le savoir, votre boutique accumule des liens nofollow depuis son premier jour en ligne. La majorité des plateformes ouvertes au public neutralisent leurs liens sortants par défaut, précisément pour décourager les spammeurs de 2005.
Annuaires, mairies et sites de ville
Une inscription sur un annuaire génère souvent un lien vers votre site, fréquemment neutralisé. Cette caractéristique n’annule pas l’intérêt de la démarche. La citation locale, c’est-à-dire la mention de votre nom, de votre adresse et de votre téléphone, vaut par elle-même : elle confirme votre existence géographique auprès du moteur, que le lien soit suivi ou pas.
Notre guide du référencement local gratuit détaille les annuaires qui comptent réellement pour un commerce de proximité. Le critère de sélection n’est jamais l’attribut du lien, mais l’audience et le sérieux de la plateforme.
Réseaux sociaux et plateformes d’avis
Facebook, Instagram, LinkedIn, TripAdvisor : toutes ces plateformes neutralisent les liens sortants placés dans les profils et les publications. Votre lien en biographie ne transmettra donc aucune autorité au sens classique du terme.
Ce qui n’en fait pas un lien inutile, loin de là :
- Il amène des visiteurs réels, ceux qui poussent ensuite la porte de votre commerce
- Il apparaît dans la mosaïque de mentions que Google associe à votre enseigne
- Il alimente les moteurs de réponse par intelligence artificielle, qui lisent abondamment ces pages
- Il constitue un point de contact vérifiable pour un client hésitant
La logique est développée dans notre article sur la communication sur les réseaux sociaux d’un commerce local : ces canaux se jugent sur le trafic et la relation client, pas sur l’autorité qu’ils transmettent.
Un profil de liens exclusivement composé de liens suivis attire d’ailleurs l’attention. Aucun site vraiment naturel n’obtient 100 % de dofollow : les commentaires, les forums et les réseaux produisent mécaniquement du nofollow. Un mélange équilibré ressemble à une croissance normale, ce que détaille notre guide du netlinking local pour un commerce.

Marquer un lien payé, deux obligations qui se cumulent
Voilà le point où l’improvisation coûte cher. Quand un lien est obtenu contre paiement, deux règles indépendantes s’appliquent, et elles ne relèvent pas du même monde.
Côté moteur, les règles anti-spam de Google classent tout lien acheté ou vendu dans l’intention de manipuler le classement parmi les systèmes de liens prohibés. La firme demande de qualifier ces liens payés avec rel=“sponsored” ou rel=“nofollow”, pour qu’ils ne transmettent pas d’autorité. Un article sponsorisé, un test de produit offert, un partenariat rémunéré entrent tous dans cette catégorie. Les précautions à prendre sont développées dans notre dossier sur l’achat de backlinks.
Côté droit français, l’obligation est plus lourde encore. La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023, qui encadre l’influence commerciale, impose d’indiquer explicitement le caractère promotionnel d’une publication par la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », lisible pendant toute la durée de la promotion. Les liens d’affiliation relèvent de ce cadre. La DGCCRF a contrôlé plus de 300 influenceurs entre 2022 et 2023 et relevé des irrégularités chez près de la moitié d’entre eux, avec 151 procédures ouvertes à la clé.
Retenez la distinction : l’attribut sponsored parle au robot, la mention « Publicité » parle au lecteur. Les deux se posent ensemble, jamais l’un à la place de l’autre.
Quatre croyances qui traînent encore
Un lien nofollow reçu depuis un site médiocre ne pénalise pas votre site. Le moteur l’ignore ou le pondère, sans reporter la faute sur la cible : Google le répète publiquement depuis plus de dix ans. Vous n’avez donc aucune raison de vous inquiéter d’un lien neutralisé apparu sur un annuaire douteux.
L’attribut ne sert pas non plus à sculpter le PageRank interne. La technique consistait à neutraliser certains liens internes pour concentrer l’autorité sur les pages stratégiques. Matt Cutts a fermé cette porte en juin 2009 : le poids d’un lien interne neutralisé ne se reporte pas sur les autres liens de la page, il s’évapore. Poser du nofollow interne sur vos propres pages revient à jeter de la valeur par la fenêtre.
Confondre nofollow et noindex reste l’erreur la plus fréquente chez les débutants. Le premier concerne un lien sortant précis, le second demande de retirer une page entière des résultats de recherche. Une page en noindex peut très bien contenir des liens parfaitement suivis, et une page indexée peut n’afficher que des liens neutralisés.
Dernière idée fausse, et la plus coûteuse : neutraliser tous ses liens sortants par prudence. John Mueller a qualifié cette pratique d’erreur complète. Citer ses sources par des liens normaux fait partie du fonctionnement ordinaire du web, et la crispation sur ce point relève des réflexes hérités du black hat SEO plutôt que d’une stratégie saine.

Repérer et poser un nofollow en pratique
Deux gestes suffisent, et aucun ne demande de compétence technique particulière.
Vérifier l’attribut d’un lien existant
Sur la page qui vous intéresse, faites un clic droit sur le lien puis « Inspecter » : le code de la balise apparaît, avec ou sans rel=“nofollow”. La combinaison Ctrl+U affiche le code source complet de la page, où une recherche du mot nofollow suffit à trancher. Plusieurs extensions de navigateur colorent directement les liens neutralisés sur la page affichée, ce qui va bien plus vite pour auditer un annuaire avant de s’y inscrire.
Ce réflexe a une limite. L’attribut se vérifie sur la page publiée, pas sur la promesse d’un vendeur : contrôlez systématiquement après publication, et gardez une capture d’écran si le lien vous a été facturé.
Poser l’attribut sur votre propre site
Sous WordPress, l’éditeur de blocs propose une case dédiée au moment de créer le lien, juste à côté de l’option d’ouverture dans un nouvel onglet. En HTML direct, ajoutez rel=“nofollow” ou rel=“sponsored” dans la balise du lien. Les situations où le geste s’impose sur un site de commerce se comptent sur les doigts d’une main :
- Un article sponsorisé ou un partenariat rémunéré publié sur votre blog
- Un lien vers un fournisseur qui vous a offert une contrepartie
- Les liens déposés par vos visiteurs dans les commentaires ou les avis
- Un lien d’affiliation glissé dans un comparatif ou un guide d’achat
Laissez le lien normal partout ailleurs : le format dofollow reste la norme du web, pas une faveur que vous accordez. Citer une source par un lien classique ne vous appauvrit pas, cela situe votre site dans son écosystème thématique.
Prochaine étape concrète : ouvrez les cinq annuaires et plateformes où votre commerce est déjà inscrit, vérifiez l’attribut de chaque lien avec Ctrl+U et notez lesquels sont suivis. Vous saurez en dix minutes quelle part de votre visibilité repose sur des liens qui transmettent réellement de l’autorité, et où concentrer vos efforts au prochain trimestre.