Ouverture dominicale : les règles pour ouvrir le dimanche
Ouverture dominicale : qui peut ouvrir le dimanche, quelles dérogations demander, quelles contreparties pour vos salariés et comment l'annoncer en ligne.

L’ouverture dominicale désigne la possibilité, pour un commerce, de recevoir ses clients le dimanche en employant des salariés. Le principe reste le repos dominical, posé par l’article L3132-3 du code du travail. Trois voies permettent d’y déroger : la nature de l’activité, l’emplacement de la boutique, ou une décision du maire.
Ce que recouvre vraiment l’ouverture dominicale
Deux questions se mélangent en permanence dans les conversations de comptoir : ouvrir la boutique, et y faire travailler quelqu’un. Elles n’obéissent pas du tout aux mêmes règles.
Le repos dominical vise les salariés, pas le rideau
Le code du travail encadre l’emploi de personnel, jamais l’ouverture d’un local commercial. Un commerçant qui tient seul sa boutique, un artisan sans employé, deux associés non salariés : aucun texte ne leur interdit de lever le rideau un dimanche matin. La contrainte apparaît à la première embauche.
Le repos dominical protège une personne, pas une devanture. Cette nuance explique une scène familière en centre-ville : la supérette du coin ouverte avec son gérant derrière la caisse, l’enseigne voisine rideau baissé faute d’autorisation pour son équipe.
- Commerçant seul, sans aucun salarié : ouverture libre le dimanche
- Conjoint collaborateur ou associé non salarié : même liberté
- Salarié en contrat classique : dérogation obligatoire, sans exception
- Intérimaire ou extra du week-end : la dérogation de l’établissement s’applique
- Apprenti mineur : travail dominical interdit hors secteurs expressément listés
Ouvrir sept jours sur sept, dans quels cas
Un commerce tourne toute la semaine sans risque juridique dans quatre configurations : il n’emploie personne, son activité figure sur la liste des dérogations de plein droit, il se trouve dans une zone dérogatoire délimitée par arrêté, ou il détient une autorisation individuelle du préfet.
Le sujet touche une part importante des actifs. Selon l’INSEE, 22 % des salariés déclaraient en 2024 travailler au moins un dimanche en moyenne sur quatre semaines, contre 36 % pour le samedi. Le dimanche n’a rien d’une exception marginale dans le commerce.
Les dérogations permanentes, sans démarche préalable
Certaines activités échappent au repos dominical par nature. Ces dérogations permanentes de droit ne se demandent pas : elles s’appliquent dès lors que l’activité réelle du commerce correspond à celle listée par le code du travail.
Le commerce alimentaire jusqu’à 13 heures
L’article L3132-13 du code du travail autorise les commerces de détail alimentaire à employer des salariés le dimanche jusqu’à 13 heures. Boulangeries, boucheries, primeurs, supérettes et rayons alimentaires fonctionnent sur cette base, sans autorisation à solliciter.
La contrepartie dépend de la surface de vente. Au-delà de 400 m², la loi du 6 août 2015 impose une majoration de 30 % minimum sur les heures accomplies le dimanche jusqu’à 13 heures. En dessous de ce seuil, la convention collective du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire prévoit une majoration de 20 % du salaire horaire de base pour les salariés qui ne bénéficient pas d’un jour et demi de repos consécutif dans la semaine.
L’après-midi bascule dans un autre régime. Un supermarché qui souhaite rester ouvert au-delà de 13 heures a besoin d’une dérogation géographique ou d’un dimanche du maire. Ce découpage horaire explique l’essentiel des différences que vos clients constatent d’une enseigne à l’autre, un point détaillé dans notre article sur les magasins ouverts le dimanche après-midi.
Les activités ouvertes toute la journée
La liste réglementaire couvre des secteurs où la demande se manifeste précisément ce jour-là. Elle a été élargie à plusieurs reprises, notamment par la loi du 6 août 2015 qui y a ajouté le commerce de détail de bricolage.
- Hôtels, restaurants, cafés et débits de tabac
- Fleuristes, jardineries et graineteries
- Pharmacies, établissements de santé et laboratoires
- Stations-service et entreprises de location de véhicules
- Magasins de meubles et magasins de bricolage
- Musées, lieux de spectacle et équipements sportifs
Une précision utile : votre code APE ne décide de rien. C’est l’activité effectivement exercée qui détermine l’éligibilité, appréciée par l’inspection du travail en cas de contrôle. Une épicerie fine qui sert quelques cafés ne devient pas un établissement de restauration.

Les dérogations qui dépendent de votre emplacement
Depuis 2015, la géographie pèse autant que le métier. Quatre types de périmètres autorisent le travail dominical dans le commerce de détail, chacun délimité par un arrêté consultable en préfecture ou sur le portail cartographique de l’État.
- Zones touristiques internationales, créées par arrêtés ministériels
- Zones touristiques, délimitées par le préfet de région à la demande du maire
- Zones commerciales, calées sur les grands pôles d’achat périphériques
- Gares d’affluence exceptionnelle, listées par arrêté interministériel
Zones touristiques internationales et zones touristiques
La loi du 6 août 2015 a créé 21 zones touristiques internationales, dont 12 à Paris et 9 en régions, délimitées par arrêtés ministériels. Une zone touristique internationale permet aux commerces de détail d’ouvrir le dimanche et en soirée, sur un périmètre parfois réduit à quelques rues.
Les zones touristiques classiques, plus nombreuses, sont délimitées par le préfet de région à la demande du maire. Stations balnéaires, communes thermales, villages de caractère : le classement suit l’affluence saisonnière réelle, pas la réputation.
Zones commerciales et gares
Les zones commerciales couvrent les grands ensembles périphériques dont l’offre attire une clientèle dépassant la commune. Les gares d’affluence exceptionnelle font l’objet d’une liste distincte, arrêtée conjointement par plusieurs ministères.
Le point que beaucoup de commerçants découvrent trop tard : se situer dans une zone ne suffit pas. Un accord collectif fixant les contreparties salariales et les mesures de conciliation avec la vie familiale conditionne l’ouverture. Sans accord de branche, d’entreprise ou territorial applicable, la zone reste sans effet pour votre magasin.
Les dimanches du maire, la porte d’entrée la plus courante
Pour un commerce de centre-ville hors zone dérogatoire, cette voie constitue souvent la seule ouverture possible. La loi du 6 août 2015 a porté de cinq à douze le nombre maximal de dimanches du maire accordés chaque année.
La mécanique administrative suit un calendrier strict. Le maire arrête la liste avant le 31 décembre pour l’année suivante, après avis du conseil municipal. Au-delà de cinq dimanches, l’avis conforme de l’organe délibérant de l’intercommunalité devient obligatoire, comme le rappellent les DREETS. Toute modification ultérieure suppose un préavis de deux mois.
- La dérogation est collective : elle vaut pour toute une branche de commerce de détail sur la commune
- Elle exclut les grossistes, les prestataires de services et les professions libérales
- Un commerce alimentaire de moins de 400 m² l’utilise uniquement pour l’après-midi
- Les dates retenues suivent les temps forts locaux : soldes, fêtes de fin d’année, braderie
- La liste se consulte en mairie et se publie généralement sur le site de la commune
Les contreparties : salaire doublé et repos compensateur
L’article L3132-27 du code du travail fixe le tarif sans ambiguïté. Le salarié perçoit une rémunération au moins égale au double de celle normalement due pour une durée équivalente, et bénéficie d’un repos compensateur équivalent en temps, pris collectivement ou par roulement dans la quinzaine qui précède ou suit le dimanche travaillé.
Le volontariat encadre l’ensemble du dispositif. L’accord du salarié se recueille par écrit, et un refus ne peut fonder ni sanction ni licenciement. Cette règle vaut aussi pour les dérogations géographiques. Un employeur qui néglige ce formalisme s’expose à une contravention de 5e classe, soit 1 500 € d’amende par salarié employé illégalement, portée à 3 000 € en cas de récidive dans l’année.
Le calcul économique mérite d’être posé avant de s’engager. Doubler la masse salariale d’une journée n’a de sens que si le chiffre d’affaires du dimanche dépasse nettement celui d’un mardi ordinaire. Si vous en êtes à votre première embauche, notre guide sur recruter son premier salarié en commerce de proximité pose les bases du raisonnement.

Alsace-Moselle, un régime local distinct
Le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle appliquent un droit local codifié aux articles L3134-1 à L3134-15 du code du travail. L’interdiction y est plus large : elle couvre les dimanches et les jours fériés, et vise les entreprises industrielles, commerciales comme artisanales.
Les dérogations relèvent principalement du préfet, sur le fondement de l’article L3134-7, pour les activités nécessaires à la satisfaction de besoins qui se manifestent particulièrement ce jour-là. Les services de l’État en Moselle demandent que les demandes motivées parviennent au moins 15 jours ouvrés avant la date sollicitée, ce délai tombant à 5 jours ouvrés en cas d’urgence justifiée.
Le maire conserve une marge réduite, notamment pour les quatre dimanches précédant Noël et certaines circonstances locales, avec une amplitude d’ouverture plafonnée à dix heures. Un commerçant qui ouvre un point de vente à Strasbourg ou à Metz après avoir exploité ailleurs en France se trouve devant un cadre qu’il ne connaît pas. Vérifiez auprès de la préfecture avant de bâtir un planning.
Organiser un dimanche d’ouverture sans casser la semaine
L’autorisation obtenue, la difficulté se déplace vers l’organisation. Un dimanche mal préparé coûte deux jours : celui de l’ouverture, et le lundi passé à réparer.
- Constituez une équipe volontaire stable plutôt qu’un roulement subi
- Décalez le réassort au samedi soir, jamais au dimanche matin
- Fixez une amplitude courte et tenable, quitte à l’élargir ensuite
- Prévoyez le jour de fermeture compensatoire, le lundi dans la plupart des commerces
- Testez le terminal de paiement et la connexion avant l’ouverture, l’assistance technique étant réduite le week-end
- Anticipez la gestion des livraisons de la semaine suivante, décalée d’un cran
La clientèle du dimanche ne ressemble pas à celle du mercredi. Les familles se déplacent ensemble, restent plus longtemps, comparent davantage. Le panier se construit différemment, avec plus de conseil et moins d’achats de dépannage. Adapter la mise en avant et les stocks à ce profil change le résultat de la journée bien plus que l’amplitude horaire.

Faire savoir que vous ouvrez, et mesurer ce que ça rapporte
Une ouverture exceptionnelle que personne ne connaît produit une journée de salaire doublé pour trois clients. La communication compte autant que l’autorisation.
Votre fiche d’établissement Google constitue le premier réflexe. La documentation Google prévoit des horaires exceptionnels applicables aux jours fériés et aux journées où vos horaires diffèrent de l’ordinaire, y compris un dimanche isolé alors que vous êtes habituellement fermé. Renseignez ces dates dès la publication de l’arrêté municipal, pas la veille : l’information doit circuler avant que le client planifie sa sortie. Les autres réglages de votre fiche sont détaillés dans notre guide d’optimisation de la fiche Google Business Profile.
Le reste du dispositif tient en quelques gestes simples, à caler une semaine avant la date.
- Affiche en vitrine dès le samedi qui précède, lisible depuis le trottoir
- Message aux clients de votre liste de contacts, avec l’amplitude horaire exacte
- Publication sur vos réseaux le vendredi, puis rappel le samedi soir
- Mention sur la page d’accueil de votre site et dans votre signature de mail
- Information transmise à l’office de tourisme si la date coïncide avec un événement local
- Vérification des horaires affichés sur vos annuaires et plateformes tierces
Proposer la commande en amont avec retrait sur place fonctionne particulièrement bien ces jours-là : les principes du click and collect en commerce de proximité s’appliquent tels quels à une ouverture exceptionnelle.
Reste à savoir si la journée mérite d’être reconduite. Relevez cinq indicateurs, sans quoi la décision se prendra à l’intuition.
- Chiffre d’affaires du dimanche comparé au meilleur samedi du mois
- Montant du panier moyen, souvent supérieur mais sur moins de tickets
- Nombre de clients jamais venus auparavant
- Coût salarial réel de la journée, majorations et repos compensateur inclus
- Répartition de la fréquentation par tranche horaire, pour ajuster l’amplitude
Ces chiffres tranchent vite. Certains commerces découvrent que le dimanche matin porte toute la journée et que l’après-midi ne couvre pas ses coûts. D’autres constatent l’inverse. Un dimanche rentable devient un rendez-vous que la clientèle intègre à ses habitudes, ce qui rejoint directement les mécaniques décrites dans notre article sur la fidélisation en commerce de quartier.
Prochaine étape : appelez votre mairie pour obtenir l’arrêté des dimanches autorisés cette année, puis vérifiez auprès de votre organisation professionnelle quel accord collectif couvre votre branche. Ces deux réponses conditionnent tout le reste, et s’obtiennent en une matinée.